Médico-social
Date de publication : 29/05/2026

Isabelle Prunier
Série d’Articles : 3/3
SERAFIN-PH, « Services et Établissements : Réforme pour une Adéquation des Financements aux parcours des Personnes Handicapées », est l’une des réformes les plus significatives que le secteur médico-social ait connue depuis de nombreuses années. Lancée en 2014, elle vise à transformer en profondeur le modèle de financement des Établissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux (ESMS) qui accompagnent les personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, nombreux gestionnaires ESMS n’appréhendent pas encore suffisamment cette réforme, pourtant majeure pour leur avenir.
La réforme SERAFIN-PH est un très long projet qui se déploie par étapes successives. Après des phases de construction et d’études nationales des coûts, la phase de déploiement est en cours, notamment avec des recueils de données obligatoires dans certains établissements, comme le recueil “PH 2025” pour les ESMS enfance.
Le cœur de la réforme SERAFIN-PH est de passer d’une logique de financement de l’établissement à une logique de financement du parcours de vie de la personne accompagnée. La logique actuelle, basée sur des dotations globales, peut parfois manquer de souplesse pour s’adapter à tous les besoins. L’objectif est de créer un système de tarification plus juste pour les acteurs ESMS, transparent et souple. Les ESMS peuvent, néanmoins, se demander si les CPOM actuellement signés sont en lien avec ce nouveau financement.
SERAFIN et le CPOM doivent être considérés comme deux dispositifs complémentaires et analogues, le CPOM doit être le « véhicule » par lequel les principes de SERAFIN-PH sont mis en œuvre sur le terrain. Il établit un cadre entre les financeurs et les structures ESMS, en remplaçant la logique de tarification annuelle par une vision pluriannuelle. Il inclut un État Prévisionnel des Recettes et des Dépenses (EPRD) qui permet une gestion plus souple des finances de l’établissement.
Pour y parvenir, la réforme s’articule autour de deux axes principaux :
La réforme SERAFIN-PH bouleverse donc fortement l’environnement financier et stratégique des Établissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux (ESMS).
Elle a un impact direct sur le contenu des CPOM et doit permet de les compléter :

La réforme SERAFIN-PH n’est pas uniquement un outil de comptabilité et de tarification. Elle porte des ambitions plus larges. Il s’agit de fixer une répartition équitable des financements : Le nouveau modèle doit garantir que les fonds publics soient alloués de manière plus juste, en fonction des besoins réels des personnes et des coûts des services mis en œuvre,
Les acteurs sont à la recherche de la simplification des parcours. En rendant le financement plus souple, la réforme doit permettre un accompagnement tout au long de la vie des personnes accompagnées,
Le modèle doit être simple et compréhensible pour l’ensemble des acteurs : les gestionnaires, les professionnels, mais aussi et surtout les personnes handicapées et les aidants.

Les gestionnaires des ESMS doivent s’adapter aux nouvelles nomenclatures, La Nomenclature Serafin est l’un des outils clés. Son but est de fournir un langage commun pour identifier de manière précise les besoins des personnes en situation de handicap et les prestations qui y répondent. Elle permet d’avoir un langage commun, il ne s’agit plus de coût à la place mais de coût en fonction des besoins des personnes accompagnées. Fin 2020, la CNSA a publié un guide sur les usages qualitatifs des nomenclatures des besoins et des prestations.
Ils devront recueillir et analyser de nouvelles données afin d’utiliser le modèle tarifaire : les négociations des futurs Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM) seront impactées par les résultats des études de coûts. Les gestionnaires devront être en mesure de défendre les spécificités de leur établissement sur la base de données factuelles.
Dans ce nouveau contexte, l’expert-comptable doit accompagner les structures ESMS différemment.
Il ne peut plus se contenter des comptes de l’établissement. Il doit comprendre la nomenclature des besoins et la nomenclature des prestations pour faire le lien entre les activités et les coûts associés.
Son expertise ESMS est indispensable pour s’assurer que les données collectées sont fiables et que les systèmes d’information en place permettent une remontée d’information correcte. Il est garant de la cohérence entre les données financières et les données d’activité.
Il est désormais en mesure d’analyser le coût de chaque prestation pour chaque profil de personne accompagnée. Il aide le gestionnaire à identifier, par exemple, le coût de l’accompagnement pour une personne à forte dépendance par rapport à une autre. Cette analyse fine devient une information stratégique de premier plan.
Le modèle SERAFIN-PH aura un impact direct sur la négociation des Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM). L’expert-comptable est le mieux placé pour aider le gestionnaire à se préparer à ces futures négociations :

Le CPOM est avant tout un outil de sécurisation, de dialogue et de stratégie.
Malgré ses nombreux atouts, le CPOM comporte aussi des risques et des contraintes.
En conclusion, un CPOM ne peut pas être négocié sans avoir en tête la réforme SERAFIN-PH, le CPOM est un outil puissant pour moderniser le secteur médico-social, mais il nécessite une maîtrise des enjeux financiers et stratégiques. Le changement d’une logique de financement de l’établissement à une logique de financement du parcours de vie de la personne accompagnée est essentiel pour l’avenir des structures gestionnaires d’ESMS.

Isabelle Prunier
Expert-comptable, responsable régionale ESS Ile-de-France