Juridique
Date de publication : 06/05/2026

Gilles Larvaron
Inspirée des « class actions » américaines, l’action de groupe est une action en justice déclenchée par une association pour le compte de plusieurs victimes d’un même manquement. Elle a été introduite dans le droit français en 2014 en matière de droit de la consommation et de la concurrence avant d’être étendue dans les domaines de la santé, des discriminations au travail, de l’environnement, de la location immobilière et de la protection des données personnelles.
Ces dernières années, ce recours collectif restait peu utilisé en raison de la diversité et de la complexité des régimes juridiques et des règles procédurales applicables. Ainsi, entre 2014 et 2023, une petite trentaine d’actions seulement a été déposée et seulement six ont abouti (dont trois à la suite d’un accord amiable). C’est pourquoi, en mai 2025, le cadre juridique des actions de groupe a été unifié et simplifié sous l’impulsion du droit européen1. Voici une présentation de la nouvelle procédure mise en place.
L’action de groupe consiste, pour une association, à réunir les actions en justice individuelles de plusieurs victimes (personnes physiques ou morales) placées dans une situation similaire résultant d’un même manquement ou d’un manquement de même nature à ses obligations légales ou contractuelles commis par une entreprise, une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public.
Cette action, qui peut désormais être exercée dans tous les domaines — à l’exception de la santé publique, pour laquelle elle ne reste possible qu’en cas de manquement d’un producteur ou fournisseur de produits de santé, peut ainsi concerner la réparation des effets secondaires d’un même médicament, la suppression de clauses abusives dans un contrat d’abonnement de téléphonie, la réparation du préjudice causé par l’achat par plusieurs consommateurs du même produit défectueux, la cessation et/ou la réparation des discriminations à l’embauche commises par un employeur, etc.

L’action de groupe peut être exercée pour obtenir :

Pour déclencher une action de groupe, les associations doivent obtenir un agrément des pouvoirs publics. Pour pouvoir être agréées, les associations :
Les associations doivent déposer leur demande d’agrément auprès du directeur général de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). Celui-ci devant délivrer à l’association un accusé de réception lorsque le dossier est complet. Un arrêté doit encore préciser la composition du dossier de demande d’agrément ainsi que les modalités de saisine du DGCCRF.
Le DGCCRF doit donner sa réponse dans les 3 mois à compter de la délivrance de l’accusé de réception, sachant que l’absence de réponse dans ce délai vaut rejet de la demande. L’agrément est accordé pour une durée de 5 ans renouvelable. La liste des associations agréées sera publiée sur le site du ministère chargé de la Consommation.

Par ailleurs, afin de prévenir les conflits d’intérêts, les associations agréées doivent, au plus tard le jour où l’action de groupe est intentée, publier, notamment sur leur site internet :
L’obligation de mise en demeure préalable au déclenchement d’une action de groupe a été supprimée, sauf pour celles liées à un manquement au Code du travail. En effet, dans ce cas, l’association doit, avant de saisir les tribunaux, demander à l’employeur de faire cesser le manquement. L’action de groupe ne pouvant être intentée qu’après l’expiration d’un délai de 6 mois à compter de cette demande et de son rejet par l’employeur.
Il en découle que, sauf en droit du travail, les associations saisissent directement le tribunal judicaire ou, si elles agissent contre une administration publique, le tribunal administratif.

Dans le cadre d’une action visant la réparation d’un préjudice, l’association doit exposer des cas individuels (sous peine de voir son action rejetée). L’action se divise alors en deux phases :
Lorsque l’action vise la cessation d’un manquement, le juge statue sur son existence (sans que l’association ait à exposer des cas individuels) et, le cas échéant, ordonne sa cessation.
En pratique : pour une bonne efficacité, il est important pour l’association qui souhaite intenter une action de groupe de mettre en place une équipe dédiée chargée notamment de communiquer efficacement sur cette action afin de permettre aux personnes ayant subi un préjudice de se manifester et de recueillir leurs témoignages et pièces justificatives permettant d’établir ce préjudice.
La réforme de 2025 marque un tournant réel pour les associations. Là où le paysage juridique était fragmenté en sept régimes distincts, il existe désormais une procédure unifiée, accessible à toute association agréée — ou, pour la seule action en cessation, à toute association déclarée depuis deux ans. Pour les acteurs de l’ESS, qui défendent souvent des causes à dimension collective (discrimination à l’emploi, manquements environnementaux, pratiques contractuelles abusives), l’action de groupe devient un levier concret.
Enfin, une nuance importante à ne pas perdre de vue : l’action de groupe reste exclue du domaine de la santé publique dans sa généralité. Elle n’y est possible que pour les manquements imputables aux producteurs et fournisseurs de produits de santé. Les associations ESS actives dans le secteur médico-social ou la protection des personnes vulnérables ne peuvent donc pas s’appuyer sur ce mécanisme pour tout préjudice lié à la santé.

Gilles Larvaron
Coordinateur national Économie Sociale