Médico-social
Date de publication : 05/03/2026

Isabelle Prunier
Série d’Articles : 1/3
Dans le secteur médico-social, la contractualisation entre les financeurs et les établissements et services sociaux ou médico-sociaux (ESMS) devient un outil essentiel pour encadrer et piloter l’activité des établissements gérés par des associations ou par toutes autres structures lucratives ou non. Le C.P.O.M (Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens) est aujourd’hui le mode de contractualisation le plus utilisé.
Sachant que la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie) alloue chaque année aux agences régionales de santé (ARS) les crédits nécessaires au fonctionnement des établissements et services médico-sociaux (En 2025, le montant des crédits alloués représente plus de 33 milliards d’euros), il est important de s’interroger sur la nécessité de conclure ce type de contrat et de considérer les difficultés économiques et financières rencontrées par les financeurs pour augmenter les enveloppes déjà octroyées.
Cet article vous propose une vue d’ensemble synthétique des C.P.O.M.
Pour ce faire, nous allons répondre à certaines questions courantes des dirigeants d’ESMS que nous avons pu rencontrer.
Selon l’article 313-12-2 du code de l’Action Sociale et des Familles, le C.P.O.M est un contrat signé entre un gestionnaire d’établissement social ou médico-social (ESMS) et l’Autorité de tarification (l’Agence Régionale de Santé, le Conseil Départemental, ou les deux en cas de co-financement). « Les établissements et services mentionnés aux 2°, 3°, 5° et 7° du I de l’article L. 312-1 ainsi que les établissements et services mentionnés au 6° du même I, à l’exception des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes mentionnés aux I et II de l’article L. 313-12, relevant de la compétence tarifaire du directeur général de l’agence régionale de santé et de la compétence tarifaire conjointe de ce dernier et du président du conseil départemental, font l’objet d’un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens dans les conditions prévues à l’article L. 313-11. Ce contrat définit des objectifs en matière d’activité et de qualité de prise en charge. »

La mise en place d’un CPOM se déroule en plusieurs étapes clés (nous reprendrons ces points dans l’article 2/3 de notre série) :
A compter de la conclusion du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens, les documents budgétaires mentionnés au 3° du I de l’article L. 314-7 sont remplacés par un état des prévisions de recettes et de dépenses dont le modèle est fixé par arrêté des ministres chargés des personnes handicapées et de la sécurité sociale.
Pour les gestionnaires d’ESMS, le C.P.O.M devient un outil stratégique. Ce contrat a plusieurs objectifs :
Cependant, la négociation d’un C.P.O.M peut aussi soulever certaines difficultés, notamment liées aux contraintes budgétaires des financeurs, à l’équilibre budgétaire qui est attendu alors que le gestionnaire n’en a pas forcément la capacité, ou encore à la complexité administrative du suivi.
Historiquement, la relation entre les structures et leurs financeurs était basée sur une logique de tarification annuelle et de conventions. L’introduction du CPOM marque un changement important car il bouleverse les habitudes et engage les structures vers une projection sur l’avenir et sur les projets des établissements. Il passe d’une approche purement budgétaire à une logique stratégique, axée sur des objectifs à moyen terme et une vision commune avec les financeurs.
Le financement des établissements était basé sur une tarification annuelle. Chaque année, l’établissement soumettait un budget prévisionnel (BP) aux autorités (ARS et/ou Conseil Départemental). Ces dernières l’analysaient et fixaient les tarifs (prix de journée ou dotation globale) pour l’année à venir. Cette approche, bien qu’encadrée par des procédures contradictoires, était souvent perçue comme un processus de reconduction des moyens de l’année précédente, avec de légers ajustements. Les structures s’interrogeaient souvent sur l’intérêt de déposer des budgets….
Le financement est désormais structuré autour d’un contrat pluriannuel de 5 ans. Un Budget Base Zéro (Budget « B.B.Z ») est établi avant la signature du contrat afin d’identifier les projections. L’ESMS et les autorités de tarification s’accordent sur un projet stratégique qui définit des objectifs à atteindre sur 5 ans. Le financement est alloué en fonction de ces objectifs, et non plus uniquement sur la base des dépenses passées.
La tarification était largement basée sur la reconduction des budgets passés. Les différences de financement entre établissements comparables n’étaient pas toujours justifiées par des critères de qualité ou d’efficience. Cela pouvait créer des disparités tarifaires et des iniquités entre structures.
Le système vise une convergence tarifaire et une tarification plus objective. L’objectif est de réduire les écarts de financement entre établissements similaires, en s’appuyant sur des indicateurs de performance et des modèles de financement plus équitables. Les travaux menés dans le cadre de la réforme SERAFIN-PH, par exemple, visent à définir un modèle de financement pour les structures pour personnes handicapées basé sur les besoins et la complexité des situations accompagnées, et non plus sur des données historiques.
La relation entre l’ESMS et les financeurs était principalement administrative. Elle se matérialisait par la soumission et la validation annuelle de documents budgétaires. La marge de manœuvre de l’établissement pour affecter ses ressources était limitée par le cadre strict de l’arrêté de tarification.
La relation devient une gestion contractuelle et stratégique. L’ESMS gagne en autonomie et en souplesse dans l’utilisation de ses ressources. Il peut, par exemple, réaffecter les excédents pour financer les objectifs du contrat, sans avoir à solliciter une autorisation spécifique pour chaque dépense. En contrepartie, l’établissement s’engage à rendre des comptes sur l’atteinte des objectifs fixés dans le contrat.
Ce contrat apporte une visibilité aux gestionnaires. Il leur permet de s’engager sur des projets d’investissement, de modernisation ou de développement de l’offre, sans la contrainte d’une incertitude budgétaire annuelle.
Aujourd’hui, cette question revient souvent dans la bouche d’un certain nombre de dirigeants d’ESMS, certaines structures s’inquiètent du contexte économique et s’interrogent sur la nécessité de signer ce type de contrat notamment en raison des réductions ou insuffisances budgétaires.
Bien que l’obligation de contractualisation via un C.P.O.M se généralise, certains établissements et services sont soumis à cette obligation de manière plus spécifique. La loi fixe une liste précise des ESMS pour lesquels la signature d’un C.P.O.M est impérative. Pour les autres, cette contractualisation reste facultative mais souvent encouragée par les financeurs.
La signature d’un CPOM est obligatoire pour :
Le refus de signer un CPOM est encadré par les textes, notamment pour les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) et les établissements du secteur handicap.
Plutôt que de refuser, la bonne stratégie pour un ESMS est de s’engager pleinement dans la phase de négociation et d’échange. S’agissant d’un contrat, le CPOM n’est pas un document imposé, mais la suite d’un dialogue. L’organisme gestionnaire a plusieurs leviers pour défendre ses intérêts, nous l’invitons à :
Si la possibilité de refuser un CPOM existe sur le plan du droit, les conséquences juridiques et financières associées rendent cette option risquée. La démarche la plus constructive consiste à se préparer minutieusement et à utiliser la négociation pour construire un CPOM équilibré et porteur d’avenir pour l’ESMS
Certains organes gestionnaires ne réussissent pas à partager tout de suite une vision commune avec les financeurs. Ces derniers peuvent accepter un temps supplémentaire pour prendre le recul nécessaire et attendre de nouveaux échanges.
Par ailleurs et en raison de la complexité du CPOM pour les EHPAD, une instruction ministérielle en date du 7 février 2025, publiée le 28 février, autorise la suspension de la signature des CPOM pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et les petites unités de vie (PUV), lorsque la négociation n’a pas encore été engagée ou est à un stade préliminaire.
« Vous avez récemment sollicité une évolution de la législation en vigueur, afin de remédier aux difficultés liées à la mise en œuvre des CPOM, mettant en avant leur complexité, leur nécessaire suivi et leur application systématique à l’ensemble des gestionnaires. Dans cette optique, des travaux seront conduits au niveau national cette année en vue de simplifier le dispositif de contractualisation applicable aux EHPAD. Ces travaux sont susceptibles de nécessiter des modifications législatives et réglementaires importantes. Compte tenu de ces éléments, vous avez la possibilité de surseoir aux signatures des CPOM qui étaient prévues dans le cadre de votre programmation régionale, dans l’attente de l’aboutissement des travaux de simplification qui seront conduits en 2025. Cette possibilité concerne en priorité les CPOM pour lesquels la négociation n’a pas été engagée, ou bien qui se trouve encore à un stade préliminaire. Les CPOM signés, en cours d’application, continuent de produire leurs effets. »
Un Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens (CPOM) est en général signé pour plusieurs établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS). C’est même une pratique encouragée par les financeurs. Cette approche vise à rationaliser et à harmoniser la gestion, tout en permettant une vision globale des projets et des besoins.

La signature d’un CPOM regroupant plusieurs ESMS présente de nombreux avantages :
Une contractualisation peut concerner des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS) qui sont implantés dans plusieurs départements. C’est une pratique courante pour les organismes gestionnaires qui ont une présence sur un territoire régional.
Cependant, il est vérifié que la mise en place d’un tel CPOM multi-départements nécessite une coordination spécifique et l’accord de toutes les parties prenantes.
La possibilité de signer un CPOM pour des établissements relevant de différents départements est prévue dans la réglementation. Les principaux acteurs impliqués sont :
Le CPOM multi-départements est un document stratégique et complexe. Il se compose généralement :

Pour conclure, le CPOM est un outil organisé et stratégique pour le secteur médico-social. Il marque le passage d’une logique de financement strictement annuelle à une vision pluriannuelle, orientée sur les résultats. Bien maîtrisé, il peut être un levier fort pour adapter l’offre médico-sociale aux besoins des personnes accompagnées, tout en assurant une gestion plus efficiente des ressources publiques.
Nous rappelons qu’il est essentiel de bien préparer en amont le dossier à défendre auprès des financeurs et exposer certaines situations en toute transparence en abordant par exemple le traitement d’excédents accumulés et en instance d’être repris ou des provisions pour grosses réparation. La souplesse d’ajustements que pouvait présenter la négociation annuelle (même limitée) disparait par l’encadrement pluri-annuel.

Isabelle Prunier
Expert-comptable, responsable régionale ESS Ile-de-France